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ANALELE UNIVERSITATII BUCURESTI

Anul 2003

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Anul 2005

ANALELE UNIVERSITATII BUCURESTI
 
 

LIMBI ªI LITERATURI STRÃINE

2 0 0 5

 

« C’EST UNE FEMME QUE J’ESTIME BEAUCOUP. » CONSIDÉRATIONS SUR LE FONCTIONNEMENT RÉFÉRENTIEL

DU DÉTERMINANT INDÉFINI UN

ANCA MÃGUREANU

 

Article, prédéterminant – constituant du groupe nominal, extracteur, désignateur, actualisateur du nom, opérateur (de référenciation), sont quelques exemples de la série d’appellations qui suggèrent la diversité des points de vue proposés dans l’étude d’une catégorie grammaticale: l’article, organisant un nombre fini et réduit d’éléments.

Une constante se dessine pourtant dans ces recherches: le rapport de l’article aux deux fonctions fondamentales de détermination et de référence, souvent discutées dans leur complémentarité: déterminer un nom c’est en assurer la capacité à référer à un objet extralinguistique.

Nous allons proposer une troisième fonction: l’identification, complétant le faisceau de traits fonctionnels constituant le sens instructionnel de cette catégorie de mots.

Cette étude est limitée au cas de l’article indéfini un et se propose de considérer, à partir d’un exemple d’échange langagier, le rôle de l’article indéfini et de l’expression référentielle dont il est constituant dans le succès ou l’échec de l’interaction.

1. La détermination est d’abord un trait syntaxique: pour Riegel et al. (1994, 151) le (pré)déterminant est « le mot qui doit nécessairement précéder un nom commun pour constituer le groupe nominal bien formé ». Etudiant la structure du syntagme nominal, les linguistes s’affrontent autour de la « tête» du groupe, nominale dans une construction endocentrique (Wilmet, Riegel et al., entre autres) ou adjectivale-déterminative dans une structure dépendentielle. Pour les tenants de la première hypothèse, la présence en français d’un article (sauf exceptions dûment listées par les grammaires) garantit la bonne formation syntaxique du syntagme nominal; la fonction de l’article est une question secondaire, sans que, pour autant, on en dénie l’importance. L’autre point de vue se retrouve dans le programme minimaliste de la grammaire générative[1].

Dans une perspective sémantique, les deux positions sont annoncées par la description qu’Arnault et Lancelot proposaient dans leur Grammaire générale et raisonnée (1754): adjectif (étymologiquement: ajouté au nom), prénom « ne signifiant rien par lui-même » (op.cit., 91), destiné à déterminer la « signification vague » des noms (ibid., 83), ou encore à désigner « le sujet dont on parle » (ibid., 91) – dans le cas des indéfinis, des individus vagues (ibid., 86-87); l’article d’une part affecterait le sens du nom qu’il précise – il est donc un ‘déterminant’ du nom, et, d’autre part, il permet au nom d’accomplir sa fonction désignative. En cette qualité l’article est indispensable en français pour marquer, ou plutôt pour effectuer l’emploi substantif (Ducrot, 1972)[2], c’est-à-dire mettre en place la relation à un objet extralinguistique. S’opposant, dans la conception de Beauzée, comme le rappelle M. Wilmet (1986), à l’adjectif physique qui touche au sens du nom, l’article affecte l’étendue ou l’extension du concept, plus exactement, selon Wilmet à la suite de Guillaume, il transforme l’extension (en langue) en extensivité (en discours) : plutôt que « déterminer » le sens du nom,  l’article semble dé-limiter l’ensemble des individus auxquels le nom est censé renvoyer[3].

2. Il est donc difficile de dissocier détermination et référence: le syntagme nominal se fait expression référentielle. C’est le domaine d’élection des études de sémantique logique, consacrées pour la plupart aux expressions référentielles définies, mais évoluant de l’ambition réductionniste de faire équivaloir articles et quantificateurs logiques vers une reconnaissance toujours plus marquée du rôle de l’intentionnalité discursive (et donc de la présence d’un sujet locuteur en relation avec un sujet auditeur), point où logiciens (Strawson, Kripke, Donnellan, Karttunen) et pragmalinguistes (acceptant ou non cette étiquette: R. Martin, J. Cl. Milner, G. Kleiber, J. R. Searle, A. Kasher) se rapprochent et s’influencent réciproquement.

2.1. Rappelons quelques thèses bien connues et généralement acceptées sur la référence: si le nom tout seul a une référence virtuelle, nous dit J. Cl. Milner (1982, 10 et sq.) faisant écho à Arnauld et Lancelot, l’addition d’un déterminant actualise la référence (on pourrait dire l’accomplit, mais, comme nous allons le voir, la dichotomie virtuel vs actuel s’avère insuffisante pour expliquer le fonctionnement de l’article dans les langues naturelles).

Le substantif, tel qu’en lui-même, n’a pas pour autant une vocation exclusivement référentielle: ainsi Donnellan (1966) propose, dans un premier temps, l’opposition entre fonctionnements attributif (prédicatif) et référentiel; récupérant les suggestions de Kripke (1977) sur la distinction entre référence sémantique et référence du locuteur, il rediscute cette distinction compte tenu du rôle déterminant de l’intention du locuteur, qui, lorsqu’il emploie une expression référentiellement, se propose de créer « un contexte référentiel » par rapport auquel l’auditeur soit capable de reconnaître cette intention et de procéder à l’identification du référent; ce qui n’a pas lieu dans un « contexte attributif ». Le fonctionnement prédicatif ou référentiel ne sont plus définis selon la capacité à effectuer le lien (sémantique) expression nominale – objet de la réalité, mais implique un certain type d’intention langagière et l’effectuation d’un acte intentionnel de référer ou respectivement de prédiquer.

Dans le contexte de la théorie des actes de langage, Searle décrit l’acte (propositionnel) de référer au moyen de règles constitutives: le locuteur réussit à référer à un particulier si (i) il existe un objet x, tel que ou bien R (l’expression référentielle) contienne une description identifiante de x, ou bien le locuteur soit capable de compléter R par une telle description de x; et (ii) tel que le locuteur a l’intention d’isoler ou d’identifier x pour l’auditeur (1969/1972, 142).

Les deux conditions de la référence sont donc l’existence d’un objet – segment de la réalité auquel un locuteur puisse référer et l’intention du locuteur de référer à cet objet, c’est-à-dire à isoler et identifier dans la réalité un segment pour en faire l’objet visé par son intention référentielle.

2.2. On remarquera que cette description de l’acte de référer rate la dimension interlocutive: en effet, pour Searle, énoncer R revient à identifier ou extraire x à l’intention de l’auditeur, mais pas nécessairement avec lui. Searle ignore également la situations discursive dans laquelle l’acte a lieu. Or, la distinction entre première référence à un objet et construction d’un objet-référent, d’une part, et référence à un objet déjà constitué d’autre part a été considérée comme pertinente pour les chercheurs qui ont proposé une distinction terminologique: on désigne un objet dans le premier cas, on dénomme l’objet qui a été déjà constitué en référent discursif. On ne saurait dénommer ce qui n’a pas encore été désigné[4].

La dénomination (selon Kleiber), par laquelle un terme descriptif permet de saisir un référent, peut être ontologique (la description se fait au moyen de paramètres catégoriels ou substantiels exprimés par des prédicats sortaux[5]) ou phénoménologique, manifestant la source subjective de l’acte de dénomination (Kleiber, Riegel, 2003).

Selon un autre critère, on peut référer ou identifier le référent individuellement, spécifiquement ou génériquement: identifier ce que c’est (par définition – générique ou spécifique, ou par classement) ou identifier lequel est-ce, c’est-à-dire identifier l’individu (O’Kelly, Joly, 2003)[6].

2.3. Ce survol de la littérature consacrée à la question de la référence suggère la richesse et la diversité des approches grammaticales, logiques (sémantiques) et pragmatiques et surtout la difficulté à les traiter de façon autonome.

Nous proposons de distinguer entre désignation et / ou dénomination (identifier ce que c’est) d’une part et identification (identifier lequel est-ce) d’autre part. Pour nous il s’agit de deux étapes et, en même temps, de deux conditions nécessaires et conjointement suffisantes, dans le processus de construction des référents discursifs considérés non plus dans leurs rapports cotextuels, mais dans leur rapport aux individus extralinguistiques. La désignation et / ou la dénomination établissent une relation sémantique à un objet-référent possible, mais qui ne devient le référent actuel que si l’opération d’identification est réussie. Or, l’existence d’un objet auquel une expression linguistique puisse référer et l’intention du locuteur de référer à cet objet moyennant cette expression référentielle n’assurent pas le succès de l’identification. La désignation est une opération locutive (relevant d’une perspective sémantique); alors que l’identification est la condition interlocutive qui assure le succès de l’opération référentielle.

Nous proposons une distinction complémentaire dans le plan du référé : on parlera de référent discursif, dans l’acception définie par Karttunen (1976) comme d’une entité fonctionnant dans le plan textuel[7] – désignée et identifiée textuellement, et d’objet ou référent extralinguistique, segment de réalité désigné et / ou identifié au moyen des expressions linguistiques[8]. Or, la nature intentionnelle de l’acte de référer au moyen de signes d’une langue naturelle explique le caractère subjectif de la référence, qu’il s’agisse de « dénomination » ontologique ou phénoménologique. Dans le plan de la référence, l’effet est, à notre avis, la constitution d’un plan intermédiaire, qui est celui d’une image construite par le discours, représentation de l’objet extralinguistique, et appartenant à l’univers de discours du locuteur. Entité conceptuelle, résultat d’un certain mode de se rapporter et de référer à l’objet, on la désignera objet discursif.

Dans le cas de la référence directe (démonstrative) l’objet discursif est court-circuité par la relation déictique référent discursif – objet extralinguistique. Par contre, dans la plupart des situations discursives, la référence passe par la construction d’un même objet discursif ou plutôt d’objets discursifs suffisamment approchants pour permettre d’identifier un même objet extralinguistique. L’identification n’est pas toujours l’établissement de la référence actuelle milnerienne: il est possible de co-référer alors que chaque participant envisage en fait un autre objet extralinguistique (c’est le cas du qui pro quo), ou au contraire de ne pas co-référer tout en parlant du même individu[9].

2.4. La détermination indéfinie. Une expression nominale indéfinie (UN+N (+Dt)) peut fonctionner référentiellement ou prédicativement. Dans son emploi référentiel, on distingue entre référence spécifique et référence non-spécifique[10].

Notre discussion porte sur le fonctionnement spécifique de l’expression référentielle indéfinie qui sera discuté dans son rapport au fonctionnement prédicatif (non-référentiel).

Selon les logiciens, à la différence de l’article défini en emploi spécifique qui asserte (ou présuppose, selon d’autres) l’unicité, fonctionnant comme quantificateur d’unicité (il existe un et un seul), l’article indéfini est un quantificateur existentiel (il existe au moins un). La détermination indéfinie est ainsi partielle : « la description ne vise pas à initier l’identification d’un élément unique, mais seulement à mettre en place un ‘environnement’ d’où il faut l’extraire » (Kasher et Gabbay, 1976, 163). Elle exige par conséquent une identification par marquage discursif/cotextuel (adjectival ou par relative déterminative) (R. Flintham, 2005)[11].

Ces aptitudes référentielles des expressions nominales indéfinies expliquent leur emploi discursif: elles servent à affirmer l’existence d’un individu x, appartenant à une classe définie par le contenu nominal descriptif et susceptible d’être constitué par le cotexte en référent discursif[12]: l’article indéfini est donc un introducteur de référent.

3. Analyse d’un exemple. L’exemple qui étaye notre réflexion sur les acquis de la théorie de la référence indéfinie spécifique est un échange extrait d’un film, entre un jeune étudiant (E) et son professeur (P). La nature fictionnelle de cet échange, ainsi que la diégèse filmique ne sont pas pertinentes pour la discussion, et la place privilégiée du spectateur qui sait ce que sait ou ne sait pas chacun des participants à l’échange peut être celle de toute personne réelle connaissant les trois personnages impliqués: les interlocuteurs et la personne dont ils parlent:

(1)   E. Il y avait une bonne femme qui distribuait les livres. (à la bibliothèque)  

      P. C’est une femme que j’estime beaucoup.

L’analyse prend en considération la valeur de l’article indéfini dans les deux occurrences apparemment quasi-similaires une bonne femme et une femme, ainsi que les conditions de réalisation de l’opération identifiante: le rôle identifiant ou non du cotexte et le mouvement discursif susceptible ou non de compléter la désignation par une identification. Nous nous interrogerons sur les raisons de la réussite ou de l’échec de cet échange, ce qui nous amènera à proposer certains amendements aux explications présentées ci-dessus.

3.1. Selon la définition lexicographique, bonne femme (féminin de bonhomme) « est un terme fam. qui désigne une personne quelconque (souvent accompagné d’un adj.qui fixe son âge, péj. ou avec une nuance de pitié, d’affection » (LEXIS, s.v. bonhomme); on en retiendra sa fonction référentielle (« désignative »), et l’attitude que le locuteur peut exprimer à l’égard de la personne ainsi désignée: évaluation péjorative, renforcée par ailleurs par le rapport de familiarité (en principe entre les interlocuteurs, mais, comme effet, à l’égard du référent). On remarquera que l’adjectif, désémantisé (la forme masculine bonhomme, complètement soudée en est une preuve), est réduit au seul marquage modal péjoratif.

3.2. L’article indéfini et le gallicisme il y a  désignent/explicitent ainsi l’existence d’un individu introduisant un possible référent discursif, susceptible d’être repris par la suite dans le discours du même ou d’un autre locuteur. La formule réalise une première étape de la constitution d’un référent discursif, rapporté à un objet extralinguistique dont l’existence est expérientiellement validée pour E. Pour autant, l’identification n’a pas lieu, puisque l’adjectif, comme nous l’avons vu, ne peut fonctionner comme adjuvant d’individuation, pas plus que la relative déterminative, qui, proposant une propriété extrinsèque, n’est pas non plus susceptible d’un tel fonctionnement. L’énoncé explicite la présupposition existentielle, proposant un possible cadre sémantique pour l’échange et un possible type de discours: narratif, ce qui permettrait de présumer un enchaînement soit sur le même thème (une femme) soit sur le contenu propositionnel (la prédication distribuer des livres).

On remarquera également qu’en cette étape de l’analyse, en dehors de toute connaissance de la situation, la désignation sans identification peut être interprétée comme voulue par le locuteur E, qui estimerait que l’identité de la personne n’est pas pertinente (ce qui ne fait que renforcer le marquage péjoratif).

3.3. La réaction de P: C’est une femme que j’estime beaucoup est à première vue susceptible d’assurer (selon Karttunen) la constitution d’un référent discursif. Or, syntaxiquement, l’énoncé est une phrase copule prédicationnelle, dans laquelle le groupe nominal une femme ne fonctionne pas référentiellement, mais prédicativement. De plus, le nom attribut, par son sémantisme réduit au seul trait générique (« sortal » selon Strawson) bloque l’individuation et apparaît comme le support nécessaire à la relative déterminative que j’estime beaucoup, détermination également non identifiante car conjoncturelle. D’autre part la relative déterminative, censée modifier l’extension nominale, ne remplit pas cette fonction. La valeur anaphorique et co-référentielle du subordonnant que serait un argument qui plaiderait lui aussi pour la nature quasi-référentielle de une femme (2).

La relative introduit un attribut évaluatif, tout comme dans l’énoncé de E on a pu découvrir une évaluation interne au sémantisme nominal péjorative: mais ici l’évaluation est de signe inverse, méliorative : on pourrait presque dire que la relative est symétriquement équivalente à l’adjectif bonne, de sorte que l’échange pourrait se réduire à:

(2)   E. Il y avait une femme peu estimable, qui …

      P. C’est une femme estimable.

Cette interprétation est sans aucun doute inacceptable. Elle permet toutefois de saisir deux caractéristiques de l’échange:

(i)   Dans (2) le référent discursif n’arrive pas à se constituer, n’étant pas repris par une expression définie. La condition minimale d’un échange réussi étant, selon le modèle conversationnaliste, l’existence d’un référent discursif commun, une possible cohésion prédicative (par antonymie) n’est plus pertinente. L’échange semble rater.

La rupture se produit également au niveau du type de discours, car P n’entre pas dans le jeu narratif et il en propose un autre, évaluatif.

(ii) On remarquera toutefois que l’expression potentiellement référentielle une femme apparaît dans les deux énoncés en contexte opaque créés par la péjoration contenue par le sémantisme de l’expression bonne femme et par l’attribut appréciatif de la relative. On a donc dans les deux cas une référence « phénoménologique », selon Kleiber, l’identification devant dans un tel cas se faire en rapport avec chacun des sujets-source de point de vue. Un nouveau point de rupture apparaît, cette fois dans le plan focal, ce qui rend encore plus difficile l’accomplissement de l’identification.

3.4.         On pourrait objecter que l’introduction de l’expression une femme par c’est peut être interprétée comme une reprise anaphorique définie, par ce, valant pour cette femme (est une femme que…). Dans cette interprétation, le référent discursif se construit, mais l’identification reste bloquée par l’attribut évaluatif proposé par P: tout au plus, elle peut être considérée comme étant effectuée par le locuteur P. L’échange apparaît comme une négociation du référent, mais qui n’aboutit point.

Nous considérons toutefois que ce a une double fonction anaphorique:

(i)      co-référentielle: ce signifie la / cette femme, et

(ii)    métalinguistique: ce peut signifier ce que vous avez nommé « bonne femme ». Pour nous, c’est cette seconde fonction anaphorique qui constitue le référent discursif, un référent purement textuel, verbal, mais auquel il ne correspond pas une identification commune de l’objet extralinguistique. Du point de vue linguistique, il y a anaphore, mais (pragmatiquement) sans co-référence. Plus que d’anaphore, il vaudrait mieux parler de reprise en écho à des fins polémiques. L’échange devient ainsi une négociation, également échouée, de dénomination.

Par contre, si ce fonctionne référentiellement, c’est uniquement pour le locuteur P, qui, lui, désigne et identifie le référent « réel » comme appartenant à son domaine de référence : lui seul sait que cette femme est son épouse, sa femme. L’identification se fait donc de façon démonstrative, par situation de l’objet dans le domaine de référence du sujet[13].

3.5. Dans cette nouvelle version interprétative, l’énoncé de P signifie:

(3)     a.   Cette / La femme que vous avez dénommée ‘bonne femme » est ma femme.

        b.  Cette femme (qui est ma femme) est (pour moi) une femme que j’estime beaucoup.

(3)  a. permettrait l’identification de l’objet extralinguistique, mais elle demeure implicite et impossible à déceler pour E: P refuse en fait à E l’accès au référent;

(3)  b. pose une nouvelle question sur le fonctionnement de l’expression une femme: selon la plupart des auteurs, elle est constitutive du prédicat. Vu sa nature générique d’une part, son fonctionnement syntaxique comme une quasi-anaphore et comme support de la prédication, d’autre part, nous proposons de lui assigner une fonction mixte. Comme position syntaxique, c’est un prédicat; sémantiquement, l’expression offre une description partielle, comme toute expression référentielle indéfinie. Nous avons déjà proposé un double fonctionnement pour le démonstratif ce. La question concerne donc un fonctionnement apparemment ambigu, que les logiciens excluent, mais qui pourrait relever du fonctionnement pragmatique d’une langue naturelle.

3.6. Un double mouvement discursif se réalise dans cet échange, qui peut être décrit comme:

 

pour P:    UNE femme (1)      →      CETTE femme     →    UNE femme (2)

                    désignation                 identification            désignation prédicative

 

pour E:        UNE femme (1)        →            CE              →       UNE femme(2)

                        désignation                       référent discursif   

Si pour P le passage d’une désignation à l’identification de l’objet extralinguistique est possible, et explique par la suite l’assignation d’une propriété évaluative, pour le locuteur E, la référence est bloquée au niveau de la désignation, et la prédication évaluative de P s’applique à un référent discursif et non à l’objet extralinguistique.

De ce fait, l’échange rate au niveau de l’intentionnalité discursive, de la négociation métalinguistique et, surtout, au niveau de l’identification du référent extralinguistique. Le ratage est dû à la construction de représentations (objets discursifs) différentes de cet objet. Or, l’existence d’un référent extralinguistique (réel, concret ou abstrait ou encore fictionnel) est, selon nous, une première condition de la mise en place d’un échange réussi.

 

4. En guise de conclusion, nous ferons plusieurs remarques:

(i)      la complexité du fonctionnement des langues naturelles ne bénéficie pas des réductions logiques, destinées justement à éliminer toute ambiguïté, syntaxique, sémantique ou pragmatique;

(ii)    la pensée dichotomique (beaucoup de notions polaires ont ici été citées: sens et référence, référence et prédication, spécifique et non spécifique, etc.) n’est semble pas être adéquate pour décrire le fonctionnement d’une langue naturelle;

(iii)          en revanche, l’analyse, si elle s’avère juste, confirme – pour le domaine de la référenciation – la thèse de Peirce sur la nature triadique de la production / interprétation du sens: les trois étapes décelées correspondent à la triade des catégories sémiotiques: une femme (1) est interprétée par E comme un signe possible (un Premier), ce est le signe occurrence, en acte (un Second), une femme (2) fonctionne pour P comme un possible général, régi par les lois du système linguistique (un Tiers). Ainsi, la référence peut se réaliser selon trois modalités (modes de donation de l’objet): virtuelle, occurrentielle et actuelle, modalités illustrées, croyons-nous, par l’exemple analysé.

(iv)  dans la même perspective ouverte par la pensée de Peirce, nous comprenons que si la référence à l’objet est un acte locutoire accompli sur la base de la seule compétence linguistique (ce qui correspond à la référence virtuelle et, respectivement, actuelle), la réussite de la référence dans l’interaction grâce à l’identification occurrentielle met en jeu ce que Peirce appelle « la connaissance/l’expérience collatérale »[14], l’univers cognitif issu de tous les actes de référence inscrits dans le processus sémiotique. Cet univers cognitif contient des objets discursifs.

(v)    La référence, inscrite dans la triade interprétative participe effectivement à l’acte de construction interactionnelle du sens, et ceci quelle que soit l’expression référentielle choisie par le locuteur, définie ou indéfinie.

 

 

„C’EST UNE FEMME QUE J’ESTIME BEAUCOUP”

 CONSIDERAÞII ASUPRA FUNCÞIONÃRII REFERENÞIALE

A DETERMINANTULUI NEHOTÃRÂT UN

Rezumat

Se propune o viziune ternarã asupra modului în care o expresie lingvisticã cu virtuþi referenþiale se poate raporta la referentul sãu : acesta poate apare ca un referent discursiv, construit în ºi prin discurs, referent virtual care, determinat sau nu prin natura expresiei referenþiale, trebuie sã fie identificat în lumea realã ca unul ºi acelaºi obiect extralingvistic de cãtre toþi participanþii la interacþiune. Identificarea însã nu mai depinde numai de expresia lingvisticã, ci mai ales de modul de reprezentare a acestui obiect de cãtre fiecare participant (obiectul discursiv). Succesul sau eºecul actului de referire depinde de succesul sau eºecul operaþiei de identificare. Analiza studiazã aceastã ipotezã în cazul funcþionãrii articolului nehotãrît ca operator de referenþializare.

 

 

REFERENCES

 

 

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[1]   V. dans ce volume l’étude de Alexandra Cornilescu.

[2]   Pour Ducrot « tout emploi substantif d’un nom apporte – sinon un présupposé d’unicité – du moins un présupposé d’existence » (DUCROT, 1972, 230).

[3]   Les deux perspectives : strictement syntaxique ou syntactico-sémantique ne s’excluent nullement, ni ne se confondent. Pourtant on les retrouve souvent peu ou pas du tout délimités; citons à l’appui Le Bon Usage (1980, § 556-641, apud WILMET, 1998, 127): « L’article défini est celui qui se met devant un nom pris dans un sens complètement déterminé (…) L’article indéfini indique que l’être ou l’objet désigné par le nom est présenté comme un certain être ou un certain objet …» (l’italique nous appartient). Notons par ailleurs que certains paramètres classificatoires utilisés quasi-généralement dans les grammaires et recensés par Wilmet (1998) sont en fait de nature pragmatique, en particulier la notoriété, explicitée par Gosse comme la valeur de l’article défini qui « s’emploie devant le nom qui désigne un être ou une chose connus du locuteur et de l’interlocuteur » (apud WILMET, 1998, 128; l’italique nous appartient).

[4]   KLEIBER (1997) qui reprend une thèse de R. MARTIN (1976, 49) pour lequel la dénomination repose sur un présupposé existentiel.

[5]   Kleiber reprend ici une thèse de STRAWSON (1958).

[6]   Les auteurs prennent pour base de leur thèse la distinction proposée par R. MARTIN pour qui « Définir c’est (…) dire ce que c’est ; déterminer, c’est dire lequel c’est » (1976, 45).

[7]   Karttunen est préoccupé par l’étude des circonstances linguistiques dans lesquelles un groupe nominal est censé décrire correctement un individu et la perspective est strictement linguistique.

[8]   C’est l’acception courante en logique, où référent et dénotatum sont le plus souvent synonymes.

[9]   Dans Sur l’inconstance du jugement public de nos actions particulières Diderot fait proposer à tour de rôle à chaque personnage-locuteur une autre description d’un même individu désigné déictiquement, l’effet étant l’impossibilité pour le lecteur de construire un référent discursif.

[10] Parmi les nombreux auteurs qui, utilisant cette même terminologie ou une autre approchante; citons WILMET (1998), O’KELLY, JOLY (2003); RIEGEL et al. (1994) parlent d’emploi spécifique et d’emploi non spécifique de l’article indéfini.

[11] Ceci confirme la thèse de Donnellan qui soutient que l’expression référentielle n’asserte rien, mais l’énoncé la contenant, dans son ensemble, sert à identifier l’individu.

[12] Nous suivons ici la théorie de KARTTUNEN (1976, 32): « L’apparition d’un groupe nominal indéfini établit un ‘référent discursif ‘ seulement dans le cas où ceci justifierait l’occurrence plus tard dans le texte d’un pronom ou d’un groupe nominal défini ».

[13] L’identification démonstrative a été proposée dans la littérature par J. M. Bell (apud KASHER et GABBAY, 1976, 169) et discutée par Strawson; elle a été considérée comme un cas marginal par d’autres. Nous estimons que l’exemple ici proposé fournit un tel cas de figure, même marginal. 

[14] Cf. PEIRCE, 2.231, « Lettre à Lady Welby II ».

 

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