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ANALELE UNIVERSITATII BUCURESTI

Anul 2003

Anul 2004

Anul 2005

ANALELE UNIVERSITATII BUCURESTI
 
 

LIMBI ªI LITERATURI STRÃINE

2 0 0 5

 

RÉFLEXIONS SUR LA DÉTERMINATION ZÉRO AU NIVEAU

DES SUR-TITRES-RUBRIQUES

ET SUR-TITRES-PAGES DU QUOTIDIEN[1]

DAN DOBRE

 

1.       Préliminaires

1.1. Les théories actuelles sur la détermination zéro semblent avoir résolu l’ambiguïté de la notion en question: s’agit-il d’un déterminant absent ou bien d’un déterminant présent, mais vide? Comme en français le déterminant doit être obligatoire, alors, son absence est une irrégularité[2]; il a donc sa place à lui dans le système de la détermination du français.

Au fil du temps, de nombreuses théories se sont efforcées de chercher les origines de l’article zéro et surtout de lui donner une définition acceptable. Une première explication trouve son origine dans les structures de l’ancien français, dont on voit la trace, dans les expressions lexicalisées, dites idiomatiques (figées), caractérisées par le phénomène d’opacité sémantique. Une expression du type: briser la glace est une expression idiomatique « sémantiquement » opaque, et dont la syntaxe correspond à celle des constructions non-figées. Rendre justice et avoir faim sont des expressions idiomatiques, « syntaxiques »[3] à déterminant zéro et dont la syntaxe est marginale. J.-Cl. Anscombre regroupe les syntagmes comprenant un verbe suivi d’un groupe en apparence nominal en quatre classes principales[4]:

a.  la classe des idiomes du type: foutre le camp, casser  sa pipe, chercher noise, faire mine de, identique aux expressions idiomatiques « sémantiques » de Ruwet;

b.  la classe des syntagmes où le groupe nominal (GN) n’est pas présent en tant que groupe nominal, mais en tant qu’item formulaire, à valeur interjective ou proche d’une interjection: crier grâce, faire vinaigre, dire amen, etc;

c.  la série peu productive tant au niveau substantival que verbal des expressions transparentes, telles que: être dommage, avoir (besoin + confiance + + envie + froid + peur etc.),  prendre (plaisir+soin);

d.  les expressions où le déterminant zéro est  manifeste et où les régularités ne s’expliquent que par sa présence : demander confirmation, élever protestation, faire diversion etc.

Que faire alors de notre corpus ? Le déterminant zéro qui caractérise les unités lexicales ne semble répondre à aucune des classes proposées. C’est une fausse impression car la séquence  VÆN (où Ø = le dét Ø) qui caractérise les classes déjà proposées fonctionne cette fois-ci en structure de profondeur. Il faut donc imaginer une cinquième classe à verbe effacé en surface.

1.2. Pour circonscrire la problématique des séquences du type nominal que nous avons en vue, nous allons essayer d’abord de présenter quelques propriétés générales de ce déterminant ; nous y sommes contraint du fait de l’inexistence d’une définition complète et précise du phénomène en question.

a.  Dans une première approximation et moyennant un repérage indirect, J.-Cl. Anscombre[5] caractérise la présence d’un déterminant zéro par certaines propriétés:

–    possibilité d’insertion d’article (au sens traditionnel) sans changement majeur de sens;

–    possibilité d’insertion adjectivale dans la structure prototypique VÆN et la passivation.

L’insertion d’un déterminant dans le groupe ÆN prouve qu’il ne s’agit pas d’une expression figée, ceci justifiant la présence d’un vrai groupe nominal, à l’encontre des faux groupes nominaux présents dans des locutions telles que: carte blanche ou table rase.

L’opportunité d’insertion des déterminants usuels est particulièrement liée à la liberté paramétriquement variable du syntagme objet. Sur la suggestion de G. Kleiber[6], le degré de liberté du N peut être précisé par la reprise anaphorique avec ce N du syntagme nominal:

Il y a la rubrique:               Éditorial       à        cet Éditorial nous semble…

                                      Courrier       à           ce Courrier est sous la forme…

                                      Météo     à cette Météo qui  nous a tant déçus…

b. Le dét Ø est dit non-référentiel au même titre que la référentialité de l’indéfini. L’indéfini renvoie à un objet d’une classe spécifique et non-spécifique: « On pourrait penser que l’article zéro pourrait permettre au nom de renvoyer à la virtualité d’un objet dans le monde, puisque comme une entrée de dictionnaire le nom est formellement non-déterminé »[8].

Mais ceci est le propre de l’article défini générique, idée reprise de Milner par Picabia dans la même étude. Milner fait tout d’abord la distinction entre la référence virtuelle et la référence actuelle de l’unité lexicale. La première renvoie à la désignation d’un ensemble de conditions que l’objet référentiel est censé satisfaire pour pouvoir être la référence du nom. Cet ensemble de conditions décrit une classe de référents possibles pour le nom. Elle « correspond à ce qui pourrait être le sens de l’entrée du dictionnaire »[9]. Par rapport à la référence virtuelle, la référence actuelle renvoie purement et simplement à la désignation d’un objet du monde de l’eccéité.

Dans ce contexte, on pourrait  penser que le dét Ø permettra au nom de renvoyer à la virtualité d’un objet dans le monde, car tout comme une entrée du dictionnaire il est formellement non-determiné.

Comme L. Picabia le fait remarquer, dans la conception de Milner, le déterminant défini générique comporterait la même valeur. Par ailleurs, l’emploi générique du nom est censé valoir pour tout referent actuel possible et de ce fait la référence virtuelle et la référence actuelle vont coïncider[10]. L’insertion de l’article défini le se fait automatiquement lorsque le nom est sélectionnellement dominant dans une séquence; dans le cas contraire, le déterminant n’apparaît pas: L’homme est arrivé sur la lune vs. Une table de bois.

Et Milner de conclure que l’emploi générique suppose l’absence de tout déterminant et qu’en l’occurrence  l’article le générique n’apparaît que sur la base de cette absence: l’apparition du déterminant défini serait l’une des règles pour la bonne formation du syntagme nominal. Pour Milner, le est toujours présent en structure de profondeur, s’il n’est pas en surface, c’est qu’il y a été effacé.

Ces précisions théoriques vont conforter nos propres constatations faites sur le corpus analysé. C’est un argument supplémentaire pour l’équivalence des structures en dét Ø et en déterminant défini générique auxquelles on pourrait ajouter, à notre avis, par le biais d’une généricité restreinte les structures construites avec un indéfini spécifique.

c.            La parole met en place un certain nombre de cadres à l’intérieur desquels elle situe les entités ou les événements qu’elle évoque. Un énoncé peut faire intervenir plusieurs espaces discursifs, plus ou moins topicalisés. Cet espace peut commander, dans notre cas, un enchaînement diachronique de rubriques et de pages (Éditorial 1 + É2 + É3 etc.), dans un développement temporel processif, tandis que l’unité actuelle et datée prise à part n’est enchaînable que synchroniquement du fait de sa nature résultative. La position frontale de ces unités satisfait l’idée de thème au sens habituel du terme qui apparaît comme un espace discursif. Les groupes nominaux dont nous nous occupons sont au fond des thèmes d’information, débats et commentaires. Il y a X introduit donc un espace discursif processif comparable à l’aspectualité de l’imparfait, comme on va le voir en ce qui suit, de même qu’un espace discursif accompli perfectif dans le cas des noms résultatifs.

2.    La structure prototypique Il y a SN

2.1. Nous faisons l’hypothèse que tout sur-titre-rubrique et tout sur-titre-page Ø N est réalisé en structure de profondeur par une pro-forme du type: Il y a (la rubrique): SN ≈ Voici (la rubrique): SN ≈ il existe (la rubrique) SN, formule qui peut être contractée comme il suit: Il y a SN ≈  Voici SN ≈  Il existe SN.

Nous faisons aussi remarquer avec Picabia[11] la double fonction présentative (≈ Voici) et existentielle (≈ Il existe) de il y a. Les deux valeurs semblent être simultanément présentes dans les structures ØN de notre étude[12].

En 1964, J.-C. Chevalier écrivait avec ses collaborateurs[13]: « le caractère démonstratif de ce présentatif est plus accusé surtout quand il est souligné par là ». Ce qui nous autoriserait à réécrire notre structure prototypique sous la forme: Il y a là SN.

Dans un article de 1969[14], Chevalier fait observer le caractère « rebelle à la référence » de la structure verbale impersonnelle Il y a. Cette expression verbale « atteste l’existence ou la non-existence d’un phénomène, lequel n’a pas toujours besoin d’être déterminé, et encore moins référé »[15]. Il s’agit là de la propriété existentielle du syntagme Il y a SN. Il y a n’impose pas de restrictions aux noms sélectionnés à droite; abstrait, concret, etc., tous semblent possibles. Même constatation pour ce qui est des déterminants. Quant au dét Ø, ses possibilités d’occurrence sont illustrées par des séquences lexicalisées: Il y a besoin de plus de matériel, Il y a mèche entre Paul et Jean etc.

Pour ce qui est de la structure de profondeur Il y a la rubrique: Ø SN, l’objet une fois identifié par l’article défini la, article de la notoriété, de l’unicité de la spécification, exige dans 80% des cas sa  non-répétition, son effacement et son remplacement par le dét Ø. Si le SN est défini, comme il arrive parfois (« L’Essentiel », « Les Adresses de Caroline », « La Météo »), alors il est référentiel et procède à une suractualisation.[16]

2.2. À un premier abord, on aurait pu croire que seule l’interprétation présentive de Il y a  admet un Ø SN défini. Comme nous l’avons déjà affirmé, l’interprétation présentive et existentielle vont de pair, le verbe impersonnel sélectionne à droite surtout un Ø SN, motivé de surcroît par le caractère énumératif[17] de la pro-forme.

Voici, par sa déicticité, localise la rubrique envisagée dans l’emplacement  qui lui est réservé dans la maquette du journal, dans l’ensemble du discours, tandis que le côté existentiel (il existe) de Il y a marque l’existence d’une telle page ou d’une telle rubrique dans le journal en question.

D’ailleurs, la présence de l’adverbe là dans la pro-forme nous autorise à remarquer l’obligativité de la localisation contenue par il y a. Cette structure verbale répondant ainsi au  préconstruit déictique et conceptuel de la maquette; c’était donc la rubrique qu’on attendait, qui devait occuper cette place-là.

2.3. À remarquer aussi comme pro-forme possible: Il y a là une rubrique (intitulée): SN (Éditorial) où l’expansion adjectivale n’est pas obligatoire. Du point de vue linguistique, cette structure est parfaitement possible, l’indéfini spécifique référant à une certaine unité de la structure d’un journal. L’emploi du défini dans la pro-forme semble mieux placé tant par le fait qu’il renvoie à un segment de réalité unique (la rubrique X) que par le déjà-vu qu’il introduit, moyennant le préconstruit existentiel de la maquette. Il est construit sur la modalité épistémique de la certitude, tandis que l’indéfini même spécifique édifie une incertitude dont il faut se méfier. Les deux formules (avec défini et indéfini) ont quand même pour rôle celui d’opérer une extraction de la classe en individualisant un certain objet, un certain texte-rubrique.

3.    Les phrases existentielles

À n’en pas douter, le mot Éditorial, par exemple, suppose l’existence hors langage des objets qui sont des éditoriaux. Ainsi une construction existentielle standard hors contexte du type Il existe un éditorial est une tautologie, car on ne peut asserter (ou nier) l’existence des objets dont on présuppose l’existence[18]. En revanche, on peut asserter (ou nier) l’existence d’une sous-classe d’objets, cette dernière pouvant être constituée d’une seule unité circonscrite dans une classe homogène:

Un énoncé comme: Il existe un Éditorial sur la chute d’Aznar se décrit sous une forme prototypique du type: Il existe SN + Dét qui exclut partiellement l’idée de rubrique-classe. La classe a une valeur générique. Elle est actualisée par toute la série d’éditoriaux possibles. À remarquer que souvent l’actualisation de la classe (« Société », par exemple – Libération) est faite par un énoncé débutant par un dét déf SN: Le procès de Bernard Cantat à Vilnius, ce qui n’exclut pas que la sous-classe soit aussi marquée par un dét Ø (par exemple, les éditoriaux: « Mensonge », « Séisme » – Libération), l’actualisation étant renvoyée dans le texte – rubrique: « La faute commise par Aznar... » (Mensonge). Les rôles peuvent être inversés dans le cas des sur-titres-rubriques à déterminant défini: « L’Essentiel », par exemple, (L’Humanité) sera souvent suivi des titres-rubrique à dét Ø: « Hommage à Ziba Kazemi », « Expulsions, fin de la trêve ».

Même si l’extraction de la classe n’est pas opérée à l’aide d’un déterminant défini ou indéfini spécifique, la structure syntagmatique de l’énoncé-titre de par son contenu thématique en opère une. Il y a existentiel fonctionne comme il existe simultanément avec l’interprétation présentive.

4.    La structure dét déf  SN

4.1. Comme on l’a déjà fait remarquer dans le corpus analysé, on rencontre en surface des sur-titres-rubriques de la forme dét déf  SN  Dét (facultatif). « Les Adresses de Caroline » (Le Figaro), « L’Invité de la semaine » (L’Humanité) ou de la forme: dét déf  SN. Alors, la pro-forme devient: Il y a la rubrique: dét déf  SN  Dét (complément du nom) ou bien Il y a la rubrique: dét déf  SN  et on  pourrait se demander si la présence de ces structures ne contredit pas les pro-formes déjà énoncées.

À propos du rôle du défini, M. Riegel, Jean-Christophe Pellat et R. Rioul écrivent qu’il sert à référer à une identité identifiable à partir du seul contenu descriptif du reste du GN[19]. L’opération sémantique mise en place comporte trois paliers:

a. le récepteur prend globalement en considération le signifié de l’ensemble formé par le nom suivi ou non d’une expansion;

b. le lecteur doit partager avec l’émetteur dans le même espace référentiel, le contexte ou le savoir;

c. le récepteur doit effectuer le repérage du référent (qu’il soit singulier ou pluriel) pour correspondre au repérage donné sous a.

En d’autres termes, le déterminant défini suppose la notoriété, l’unicité: il sert à la spécification contextuelle (la maquette de la page et du journal en général) et situationnelle (relative au texte, proprement dit) de notre unité discursive à l’intérieur de la classe dont elle fait partie.

4.2.         La présence du déterminant défini est le résultat de l’option du journaliste qui procède par là à une sur-individualisation du nom tant dans une perspective générique (« L’Essentiel », « La Météo ») que spécifique (« Les Adresses de Caroline »). D’ailleurs, sa présence rend possible une éventuelle expansion (le complément du nom). Si le singulier renvoie à l’objet typique, la référence étant d’emblée homogène, le pluriel générique invite à rechercher l’ensemble maximal des objets désignables par une telle expression[20] (référence hétérogène). Cette hétérogénéité référentielle est rendue d’habitude homogène par le complément du nom qui opère une restriction du générique par spécification: « Les Adresses de Caroline », « L’Invité de la semaine ». Il semble donc que la présence d’un défini comme prédéterminant du SN n’est pas tautologique et fautive par rapport à la pro-forme proposée au début de cet article, car cette présence est d’abord le résultat d’une opportunité sémantico-syntaxique et ensuite le résultat de l’option de journaliste mệme.

5.    Dimension processive du dét Ø

5.1. Les valeurs aspectuelles qu’on cherche au niveau de la catégorie verbale pourraient-elles être rendues et véhiculées indirectement par les substantifs que la phrase met en contact avec les verbes? C’est le sens d’une réflexion à laquelle nous invitait Charles Bally dans sa Linguistique générale et linguistique française. J.-CL. Anscombre essayera de répondre à cette invitation dans son article intitulé: « L’Article zéro en français: un imparfait du substantif? »[21] et qui servira à nos propres réflexions sur les structures nominales envisagées.

5.2. L’imparfait exprime dans la conception traditionnelle de P. Imbs un temps continu de durée indéterminée et dont l’intervalle est découpé par des instants discontinus, lieux des événements. L’imparfait n’a de soi ni commencement ni fin à moins que quelque circonstant n’intervienne pour le délimiter.

Dans les termes du modèle gosselien[22], il se définit comme il suit: [I, II] ANT [01,02]; [B1, B2] RE [I, II], la première formule marquant l’antériorité de l’intervalle de référence [I,II] par rapport à l’intervalle de l’énonciation [01,02] et la seconde le rapport de recouvrement installé entre les bornes du procès [B1, B2] et l’intervalle de référence.

Le procès inaccompli de l’imparfait (sans commencement ni fin)  rend ce temps non-autonome (anaphorique) et le situe dans une relation de simultanéité/recouvrement par rapport à l’autre procès du contexte.

L’intervalle temporel de l’imparfait est narratif, processif[23] mettant en exergue un monde raconté, opposé au monde commenté[24]. Le même sentiment de processivité (‘d’être en train de’) est  ressenti dans les structures substantivales suivantes:

1. Pierre y a fait allusion au cours de sa conférence.

2. Allusion y a été faite par Pierre au cours de sa conférence.

par rapport à:

1’ Pierre a fait une allusion au cours de sa conférence.

2’ Une allusion y a été faite par Pierre au cours de sa conférence[25].

On peut donc faire un certain rapprochement entre l’aspectualité de l’imparfait et une fonction similaire remplie par l’article zéro.

5.3. Notre pro-forme  Il y a Ø SN  peut être réécrite de la façon suivante: (V)Ø Ncr[26] où l’indice c (de cyclique) représente la processivité contenue par le biais de la dimension aspectuelle substantivale, expression superficielle de la « narrativité », de la répétabilité qu’un sur-titre-rubrique et un sur-titre-page supposent. Si apparemment des SN comme: Éditorial, Météo, Courrier semblent statiques, la présence du dét Ø incite à la processivité de la rubrique, à une certaine dynamique. Dans le corpus analysé, la présence de pareilles structures est largement majoritaire ce qui parle d’un penchant évident des journalistes, celui de marquer le procès, le dynamisme, la vivacité de l’énumération implicite, cette dernière caractérisant ces expressions à dét Ø comme l’avait remarqué d’ailleurs Grevisse, Wartburg et Zumthor.

L’indice r marque le caractère résultatif de certains noms mis en évidence par deux tests possibles:

1. ils peuvent entrer dans des constructions comme: un acte de…, le résultat de…, l’arrêt de…, la cessation de...: un acte de Culture, l’arrêt du Courrier, le résultat de(s) (ces) Politiques etc.

2. ou accepter des combinaisons avec des adjectifs tels que: ample, détaillé, difficile, favorable, formel, hâtif,  important, maladroit, sévère, etc.[27]: Politiques maladroites, Courrier difficile à tenir, Culture formelle etc. Dans ce contexte des titres comme Éditorial, International, Événement semblent être plutôt processifs que résultatifs. Alors, on pourrait affirmer que, ces noms là sont processifs et résultatifs à la fois: processifs par l’itération quotidienne de la rubrique ou du type de pages, et résultatifs par l’entité discursive quotidienne proposée aux lecteurs. Le dét Ø présent dans la structure prototypique proposée (Il y a Ø N) est sujet à une double dimension actionnelle:

a. intrinsèque – repérable au niveau de l’aspectualité du nominal;

b. extrinsèque – au niveau de l’action rédactionnelle elle-même, du choix du journaliste.

À remarquer  aussi que le procès est considéré dans la perspective impersonnelle du présentatif-existentiel  il y a,  perspective différente de celle réalisée normalement par d’autres types de verbes (par exemple, les verbes-support). Le binôme inversif procès-résultat ßà résultat-procès dont l’axe sémantique dominant – la processivité intrinsèque ou extrinsèque (autre expression de la généricité) est centrale à une structure du type (V)Ø Ncr, et occupe dans la maquette de la page une position frontale, topicalisée. Nos expressions nominales peuvent aussi entrer dans des constructions spécialisées dans l’ouverture des espaces discursifs : en fait de N, comme N, en guise de N, en matière de N, argument supplémentaire pour la processivité. Pour qu’une structure (V)ØN soit valide, il faut que le V soit processif et qu’il ne sorte pas du cadre temporel défini par ØNcr[28].

L’itérativité de il y a, sa valeur existentielle et l’espace temporel dynamique circonscrit par ØSN assurent contextuellement et situationellement à ce verbe son caractère processif.

5.4. La généricité de il y a se superpose à l’imperfectivité de l’imparfait dont la borne de gauche apparemment n’existe pas[29] tandis que celle de droite est fixée par la date de parution du journal [01, 02]. Cette dernière subit toujours la pression des rubriques à venir, la poussée d’un espace discursif continuel.

En paraphrasant O. Ducrot[30] qui s’occupe de l’imparfait, Anscombre retrouve la même propriété au niveau de la structure VØNcr: « Dans un énoncé (VØNcr) actif ou passif, l’espace discursif temporel attaché à Ncr est qualifié en bloc par le procès qui y est inscrit »[31] et ceci parce que:

a. le procès dénoté par le Ncr ne peut être vu qu’arrivé à son terme naturel;

b. et qu’il y a une disponibilité combinatoire des ØNcr avec un certain type d’adjectif comme on l’a déjà vu sous 5.3.

Il s’agit de la propriété des sous-ensembles (dite encore d’homogénéité) bien connue dans le domaine des termes de masse[32]. Les unités de notre corpus de par l’appartenance à la classe comportent une certaine « massification ». Du fait qu’elles marquent aussi le sous-ensemble, elles sont hétérogènes et plongent pourtant dans l’homogénéité de la masse.

Il est évident que l’utilisation du dét Ø entraîne la référence à une norme en dehors de l’énonciation: « Il s’agit d’une norme d’action extérieure au discours (mais non à la langue), et qui est activée par la présence de l’article zéro »[33]. Les structures VØNcr comportent donc des « itératifs et fonctionnent comme une sorte de générique (très exactement comme ce type de générique qu’est le terme de masse) »[34], et ceci car:

a. les structures VØN ne supportent pas de pluriel sans choquer: *Courriers, * Météos, *Éditoriaux, *Internationaux;

b. parmi les adjectifs combinables avec ØN il y a aussi des adjectifs à valeur itérative: régulier, hebdomadaire, journalier, périodique, etc. Autrement dit, le dét Ø est un opérateur aspectuel destiné à transformer un procès en propriété, du moins pour ce qui est des structures VØSN[35]. Cet opérateur fait double jeu aspectuel: celui de l’accompli, car le procès définit l’espace discursif temporel de la rubrique ou de la page actualisées et celui de l’imparfait car le procès est situé dans l’espace temporel de la classe de ces unités qu’il qualifie en bloc.

Comme J.-Cl. Anscombre le remarque, la structure VØSN satisfait  à une condition générale de possibilité d’article zéro, les Ncr ne le l’épuisant cependant pas; autrement dit, la possibilité de la présence du déterminant zéro existe au dehors de Ncr. Mais, comme l’itération des rubriques marque un procès qui à chaque fois (à chaque numéro) a un résultat (le texte de l’article ou les textes de la page), nous croyons que les unités étudiées sont principalement des Ncr. Si l’imparfait peut servir à exprimer la contemporanéité de deux événements lorsqu’ils ont lieu à l’intérieur d’un même espace discursif  ou bien l’énumération des quelques événements considérés hors ordre temporel, alors les mêmes caractéristiques peuvent être translatées dans le champ sémantique du dét Ø. L’idée de contemporanéité des rubriques est évidente: « elle n’est qu’une variante de la condition de bloc »[36].

6.    Conclusions

Dans 80% des cas, les unités nominales analysées comportent une structure de profondeur du type Il y a ØSN où le déterminant zéro introduit quatre dimensions sémantiques basiques construites dans la perspective impersonnelle présentivo-existentielle de la structure verbale:

a. il renvoie conjointement à la virtualité massifiée de la classe de l’objet et en même temps à l’actualité itérative de ce même objet;

b. il a le sens générique d’une entrée de dictionnaire permettant l’apparition en l’occurrence d’un le générique en tant que suractualisation de l’unité nominale synonyme avec la possibilité d’apparition d’un indéfini non-spécifique. En surface, la structure prototypique à déterminant défini n’est pas exclue; elle est le résultat conjoint tant d’une possibilité sémantico-syntaxique que du choix opéré par le journaliste en quête d’une suractualisation et détermination de l’unité topicalisée, ce qui n’efface pas l’idée de généricité. On assiste donc, tout comme dans le cas du déterminant zéro à une homogénéisation d’hétérogénéité;

c. ce type de déterminant introduit aussi un espace discursif processif pour les noms cycliques, comparable à l’aspectualité de l’imparfait et un autre, accompli, perfectif, dans le cas des noms résultatifs. Nous avons vu dans la dimension aspectuelle du dét Ø une autre expression plus raffinée de la généricité;

d.  le déterminant en question est à l’origine d’une double dimension actionnelle: intrinsèque – au niveau de la dynamique aspectuelle et extrinsèque – au niveau de l’action rédactionnelle elle-même.

Quelle serait la spécificité des structures étudiées par rapport aux expressions figées?

La place du dét Ø est relativement instable, à la merci des autres déterminants (surtout du défini et de l’indéfini), et au bon gré du journaliste. Les SN sont des unités libres utilisés avec/sans déterminant zéro en fonction des effets sémantiques escomptés.

 

REFLECÞIILE ASUPRA DETERMINÃRII ZERO

LA NIVELUL SUPRA-TITLURILOR DE RUBRICÃ

ªI LA CEL AL SUPRA-TITLURILOR DE PAGINÃ ALE COTIDIANULUI

Rezumat

Expresiile nominale analizate la nivelul supratitlurilor de presã care fac obiectul corpusului de faþã prezintã în 80% din cazuri o structurã de profunzime de tipul Il y a Ø SN în care determinantul zero introduce patru dimensiuni semantice fundamentale: virtualitatea masificatã a clasei obiectului, sensul generic, aspectual ºi acþional.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

J.-CL. ANSCOMBRE,  « Le Déterminant zéro: quelques propriétés », Langages, no. 102 Juin, 1991.

O. DUCROT, « L’Imparfait en français », Linguistiche Berichte, 60, 1979.

L. GOSSELIN, Sémantique de la temporalité en français. Un modèle calculatoire du temps et de l’aspect, Duculot, Louvain-la-Neuve, 1996.

G. KLEIBER, « Adjectif démonstratif et article défini en anaphore fidèle », Recherches Linguistiques, XI, G. David et G. Kleiber (éds), Klincksieck, Paris, 1986 b.

***      « Pour une explication du paradoxe de la reprise immédiate », Langue Française, no.72, 1986.

***      « Sur l’anaphore démonstrative », in Le Discours: représentations et interprétations, M. Charolles, S. Fischer, J. Jayez (éds), P.U.N., Nancy, 1990.

L. PICABIA, « Il y a démonstration et démonstration: réflexions sur la détermination de l’article zéro », Langue Française, no. 72 déc. 1986.

M. RIEGEL,  JEAN-CHRISTOPHE PELLAT,  R. RIOUL, Grammaire méthodique du français, PUF, Paris, 1994.

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N. RUWET, « Du bon usage des expressions idiomatiques dans l’argumentation syntaxe », Recherches linguistiques 11, PUV, Paris, 8, 1982.

H. WEINRICH, Le Temps, Éditions du Seuil, Paris, 1973.


 

[1]   Le corpus de notre analyse est formé par les sur-titres-rubriques et par les sur-titres-pages de quelques quotidiens, respectivement : « Éditorial », « Radios », « Météo », « Les Adresses de Caroline »  (Le Figaro), « Événement », « Quotidienne », « Courrier », (Libération), « Éditorial », « L’Essentiel », « Les Lecteurs en direct », « L’Invité de la semaine » (L’Humanité) pour les rubriques, et: « International », « Culture », « Débats et Opinions », « Sciences et Médicine », « France / Politique » (Le Figaro), « Monde », « Politiques » (Libération), « Société », « Monde », « Sports » (L’Humanité) pour les pages.

[2]   Cf. L. PICABIA, « Il y a démonstration et démonstration: réflexions sur la détermination de l’article zéro », Langue Française, no. 72 déc., 1986.

[3]   Cf. N. RUWET, « Du bon usage des expressions idiomatiques dans l’argumentation en syntaxe », Recherches linguistiques, 11, PUV, Paris, 8, 1982.

[4]   Cf.  J.-Cl. ANSCOMBRE,  « Le Déterminant zéro: quelques propriétés », Langages, no. 102 Juin, 1991.

[5]   Idem.

[6]   G. KLEIBER, « Pour une explication du paradoxe de la reprise immédiate », Langue Française, no. 72, 1986 a.

                ***     « Adjectif démonstratif et article défini en anaphore fidèle », Recherches Linguistiques, XI, G. David et G. Kleiber (éds), Klincksieck, Paris, 1986 b.

                         ***         « Sur l’anaphore démonstrative », in Le Discours: représentations et interprétations, M. Charolles, S. Fischer, J. Jayez (éds) P.U.N. Nancy, 1990.

[7]   Cf. G. KLEIBER, op.cit.: 1990.

[8]   Cf. L. PICABIA, op.cit.

[9]   Ibid: 90.

[10] Cf. L. PICABIA, op.cit.

[11] Cf. L. PICABIA, op.cit.

[12] L. Picabia, s’occupant de la même structure présente dans son corpus en surface, affirme que seule l’interprétation présentive de il y a équivalente à voici (un autre présentatif) permet un SN défini.

[13] J.-C. CHEVALIER et alii, Grammaire du français contemporain, Larousse, Paris, 1964, 85.

[14] J.-C. CHEVALIER, « Exercices portant sur le fonctionnement des présentatifs », Langue Française 1, Larousse, Paris, 1969.

[15] J.-C. CHEVALIER, apud PICABIA, op.cit.: 82.

[16] Une section de cette étude prendra en compte ces structures aussi.

[17] Sur la suggestion de Galmiche qui s’est occupé des phrases à interprétations génériques, on peut affirmer qu’une phrase telle que Il y a la rubrique: SN est acceptable, si elle est suivie d’une énumération en surface (ce qui n’est pas le cas) ou en profondeur  comme le suggère d’ailleurs la généricité de la rubrique.

[18] Cf. L. PICABIA, op.cit.

[19] Cf. M. RIEGEL,  JEAN-CHRISTOPHE PELLAT,  R. RIOUL, Grammaire méthodique du français, PUF, Paris, 1994.

[20] Cf. G. KLEIBER, cité par  M. Riegel  et alii, op.cit.: 155.

[21] Article publié dans Langue Française, no. 72 déc., 1986.

[22] L. GOSSELIN, Sémantique de la temporalité en français. Un modèle calculatoire du temps et de l’aspect, Duculot, Louvain-la-Neuve, 1996.

[23] H. STEN, Le Temps du verbe fini (indicatif) en français moderne 1964, cité par Grevisse et repris par ANSCOMBRE, op.cit.: 1991.

[24] cf.  H. WEINRICH, Le Temps, Éd. du Seuil, Paris, 1973.

[25] Exemples repris à ANSCOMBRE, op.cit.: 1986.

[26] Où le V mis entre parenthèses marque son effacement en surface.

[27] Voir à cet égard la liste plus complète proposée par ANSCOMBRE, op. cit.: 1986, 26.

[28] Cf. J.-Cl. ANSCOMBRE, op.cit.: 1986.

[29] Elle est constituée pourtant par la date de l’inauguration du type de page ou de rubrique en question.

[30] Cf. O. DUCROT, « L’Imparfait en français », Linguistiche Berichte, 60, 1979.

[31] J.-Cl. ANSCOMBRE, op. cit.: 1986, 25.

[32] Cf. C. ROHRER, Papers on Tense, Aspect and Verb Classification, Tübingen, 1978.

[33] J.-Cl. ANSCOMBRE, op. cit.: 1986, 26.

[34] Idem.

[35] Cf. J.-Cl. ANSCOMBRE, op. cit.: 1986.

[36] Ibid : 34. Il s’agit au fond du bloc des éditoriaux, du bloc des courriers, du bloc des pages (France /Société) etc.

 

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